Carnet du voyage

Les rivières du Lac-Saint-Jean, vues par les Pekuakamiulnuatsh

Thème: Chasse et pêche, Culture et Histoire vivante, Plein air

Par Stacy Bossum

Pour les Pekuakamiulnuatsh (Ilnuatsh de la communauté de Mashteuiatsh), les rivières du Lac-Saint-Jean sont plus que des cours d’eau, ce sont des voies de circulation ancestrales. Notre histoire et notre mode de vie tournent autour du Pekuakami (lac Saint-Jean) et de ses tributaires.

Notre peuple, qui occupe le vaste territoire qui s’étend au-delà des bassins versants du Pekuakami depuis des millénaires, a toujours utilisé les rivières comme voies de circulation. Ce sont nos autoroutes ! Jadis, c’était le principal moyen dont nous disposions pour nous déplacer vers nos territoires de chasse, à l’automne, et revenir au lac, le printemps venu.

Les familles quittaient la communauté à l’automne dans leurs embarcations pour remonter les grandes rivières autour du lac (Mistassini, Mistassibi, Péribonka, Ashuapmushuan, Métabetchouane, etc.). Au fil des rivières, les familles se séparaient au fur et à mesure qu’elles atteignaient le territoire de chasse familial.

Ces expéditions étaient longues et ardues. Je me souviens des histoires de mon grand-père qui me racontait que cela leur prenait deux mois pour se rendre sur le territoire de chasse familiale à la tête de la rivière Mistassini. À chaque portion de rivière, les hommes faisaient un premier voyage, pour transporter une bonne partie des bagages et préparer le campement. Puis il revenait chercher la famille et remontait la même portion de rivière le lendemain. Le voyage était long, mais il se faisait calmement, en prenant soin de récolter tranquillement des provisions pour les longs mois d’hiver.

Les portages étaient nombreux sur ces cours d’eau tumultueux. D’ailleurs, plusieurs rapides importants portent encore aujourd’hui les traces d’anciens portages. La prochaine fois que vous naviguerez sur les rivières autour du lac, ouvrez l’œil, vous pourriez découvrir des traces de ces sentiers, qui sont encore visibles.

Aujourd’hui encore, les familles Ilnuatsh occupent et descendent certaines portions de rivières, les grands-parents perpétuent la transmission orale, en racontant aux plus jeunes leurs aventures et histoires vécues sur le territoire. À chaque année encore, une descente de rivière est organisée par communauté pour faire vivre l’expérience aux membres de la Première Nation pour commémorer la culture et le patrimoine qui nous a été légué.

Ce qui a changé, c’est la rapidité avec laquelle nous sommes capables d’atteindre nos territoires de chasse.  De nos jours, nous sommes en mesure d’effectuer le trajet en une journée. La distance est la même, mais les routes qui se sont développées au fil des décennies et surtout les moyens de transport facilitent grandement l’accès à ces zones éloignées.

Si vous voulez en apprendre davantage sur l’histoire et la culture des Pekuakamiulnuatsh, je vous invite à profiter de votre passage au Lac-Saint-Jean pour visiter le Musée amérindien de Mashteuiatsh, vous y verrez toute la richesse de notre histoire millénaire.